sur Twitch, les artistes partent en live

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Sur la plateforme bien connue de la sphère gaming, des artistes viennent partager leur processus artistique et construire des communautés autour des pratiques créatives.

Avertissement : cet article invoque des mots non recommandés par l’Académie Française comme “stream”, “live”, “viewer”, qui pourraient choquer les âmes littéraires sensibles… Si vous êtes perdu, référez-vous au glossaire en fin d’article !

“Attention à ne pas vous salir, c’est difficile de sortir de l’atelier sans avoir le pantalon plein de terre”. Dans l’atelier de Llaudem, pots, tasses et vases s’empilent sur les étagères. L’argile éclaboussée n’a épargné ni le jean clair de la potière ni son matériel audiovisuel : ordinateur, trépied, caméra, micro. Car en plus de sa casquette d’artisane, Llaudem est également streameuse*, sur la plateforme Twitch. La jeune femme donne rendez-vous quatre fois par semaine à ses viewers*, lors d’un direct de plusieurs heures (le live*) pour leur dévoiler les coulisses de fabrication de ses créations, du tournage, à la peinture des motifs “montagne”, signature de ses œuvres.

Llaudem n’est pas la seule artiste à avoir investi cette plateforme, surtout connue pour ses contenus autour du jeu vidéo. “L’art a toujours eu une forte présence sur Twitch”, estime Dominik Valtin, directeur des partenariats pour Twitch en Europe. Les contenus créatifs possèdent d’ailleurs leurs propres labels sous les tags “musique”, “art” ou encore “créations et artisanat”. Si les mélomanes sont déjà bien installés, des artistes graphiques comme Pepipin (56 000 abonnés), Fakhear (26 400 abonnés) ou Pomelyne (28 300 abonnés) se sont également taillé leur place dans le milieu du streaming et rassemblent plusieurs centaines de spectateurs en direct. Les vidéos de gaming restent largement dominantes mais “les contenus non liés au jeu vidéo ont été multipliés par trois en trois ans”, souligne Dominik Valtin.

Créer en étant entouré

2020, c’est l’année où le bédéaste Boulet a investi Twitch en proposant des lives réguliers, après quelques années de stream* en dilettante. “On s’ennuyait pendant le confinement”, justifie-t-il. L’auteur-illustrateur partage en direct l’avancée de ses projets, dessinant pendant plusieurs heures tout en discutant avec ses lecteurs sur le tchat*. “Je dessine, ce que je devais faire de toute façon. Mais au lieu de le faire seul chez moi, j’ai de la compagnie”, explique Boulet.

De la compagnie, c’est également ce qu’a cherché Llaudem en se lançant sur Twitch en 2022. “Je fais un métier qui est très solitaire”, explique l’artiste-potière. “Ce n’était pas simple au début, d’autant plus que je bosse beaucoup, comme tous les artisans, donc je ne voyais pas grand monde”. Se filmer en travaillant, tout en échangeant en direct avec ses viewers*, lui permet d’échapper à cette solitude. “Quand j’ai commencé les lives, je ressortais de l’atelier avec le sourire aux lèvres”, continue Llaudem. “J’avais l’impression d’avoir passé la journée avec des amis, en étant soutenue et encouragée”, confie l’artiste.

Construction de communautés

Aujourd’hui, Llaudem totalise 7 400 followers* et rassemble en moyenne 80 viewers à chaque live. Si ces chiffres ne font pas rêver face aux millions d’abonnés de certains youtubeurs dans le vent, les streamers* même modestes peuvent se vanter d’une proximité avec leur audimat. “Sur Twitch, on capte vraiment l’attention”, estime Llaudem. “Avoir 30 viewers, en direct, c’est déjà énorme, car ils vont discuter, être curieux de mon travail”, expose la potière. Pour Llaudem, les résultats sont là : la jeune artisane a doublé son chiffre d’affaires sur sa boutique en ligne lors de sa deuxième année d’activité. “Je ne pense pas que j’aurais obtenu ces résultats sans Twitch”, estime-t-elle. 

Si l’échange avec le créateur est l’un des points forts de Twitch, la notion de “communauté” a aussi son importance. “Les gens ne sont pas forcément là pour me voir, mais aussi pour se voir les uns les autres”, raconte Boulet, qui compare l’ambiance de la plateforme aux “premiers blogs des années 2000”.

L'artiste et streameuse Pawm partage son processus de peinture à la gouache avec des lives sur Twitch. (Pawm)

L’artiste et streameuse Pawm partage son processus de peinture à la gouache avec des lives sur Twitch. (Pawm)

L’interactivité est au cœur de la démarche de Pawm, artiste peintre et streameuse. Arrivée sur Twitch en février 2021, Pawm s’engage dans les lives pour partager sa passion et surtout se motiver à peindre de manière plus régulière. “Je me suis dit : ‘on me regarde, je n’ai pas le choix’”, retrace l’artiste de 32 ans. Chaque mois, elle implique sa communauté grâce à un défi : autour d’un thème voté en amont, les participants doivent partager une création artistique. Le résultat (peinture, poème, photo, maquillage…) est déposé sur Discord (application de discussion) puis présenté lors d’un live spécial, où chacun s’encourage. “En un an, j’ai compté plus de 1 000 participations à ce challenge”, s’exclame l’organisatrice, qui s’émerveille de l’effervescence créée autour de ces rendez-vous artistiques. Pawm est également co-organisatrice, aux côtés de la streameuse et artiste UnePetiteMarie, d’un événement de plus grande ampleur, le WAT (Week and Art). Sur une semaine, artistes, professionnels, néophytes et streamers concourent avec une thématique imposée. Après un démarrage à 90 inscrits en 2021, la troisième édition a compté 632 participants.

Ambiance “calme” et “familiale”

Des défis qui “motivent” Constelio (son pseudo), viewer rencontré sur le live de Pawm, qui raconte avoir cherché sur Twitch des compagnons de dessin et de discussion il y a deux ans. “J’étais dans une phase assez compliquée de ma vie. Le fait de se retrouver sur des lives avec de la musique calme, tout en pratiquant une activité calme, je trouvais cela apaisant”, avance le viewer. Parmi les atouts des lives “art”, les spectateurs interrogés invoquent également la qualité des communautés qui se créent autour de ces streamers, plus “détendues” et chaleureuses car également moins peuplées. “La catégorie art demeure une niche sur Twitch. On reconnaît les viewers, c’est plus familial que dans le gaming”, analyse Pawm, qui totalise 5 300 followers. “Les ambiances souvent très chill permettent de se sentir à l’aise pour s’exprimer et échanger”, abonde k4waiiluuv, vieweuse de Pawm. 

Si Pawm ne vit pas encore de son art, ni de Twitch, sa communauté grandissante lui a permis d’attirer l’attention d’une marque. Rougier & Plé, chaîne de magasin de fournitures pour les métiers d’art et les loisirs créatifs, sponsorise la streameuse en apposant son logo sur tous ses lives. Un soutien qui permet notamment à Pawm de proposer une tournée d’ateliers de dessins dans toute la France. 

Le mois prochain, les streameurs français auront droit à leur grand rassemblement officiel. La TwitchCon s’installe pour la première fois à Paris, pour deux jours, les 8 et 9 juillet. Les artistes n’ont pas été oubliés avec un espace dédié. Une soixantaine de créateurs (peintres, luthier, crochet) seront présents et vendront leurs œuvres. Llaudem, qui a rempli son stock pour l’événement, tiendra un stand de poterie. L’occasion pour l’artiste de continuer à faire découvrir son travail et de rencontrer les membres de sa communauté “in real life”*.

Le glossaire :

Streamer/streameuse : personne organisant des directs sur Twitch
Stream : vidéo en direct, aussi appelé “live”
Viewer/vieweuse : internaute regardant le stream 
Follower/followeuse : internaute suivant le streamer, mais n’est pas forcément abonné, ce qui est payant
Tchat : espace de discussion en direct
In real life : IRL, dans la vie réelle

Source : https://www.francetvinfo.fr/culture/arts-expos/streams-poterie-challenges-dessins-et-communautes-creatives-sur-twitch-les-artistes-partent-en-live_5921315.html

Auteur :

Date de Publication : 2023-06-30 16:31:03

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