“Je suis préoccupé par une adoption excessive de l’IA”

En déplacement en France pour le Salon de la Photo, Kazuto Yamaki, le PDG de Sigma a répondu à nos questions. Il est revenu sur le nouveau 10-18 mm f/2,8 DC DN et le télézoom 70-200 mm f/2,8 DG DN OS Sports annoncés lors du salon. Il aborde également les dynamiques de marché, l’ouverture de la monture Z (et RF ?) ainsi que ses positions sur l’usage de l’IA générative en photographie.

Place à l’interview.

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Bonjour Yamaki-san. Vous venez souvent en France pour des événements liés à la photographie. Aujourd’hui, c’est pour un double lancement mondial de produit. Quelle est votre relation avec la France ?

La France se classe cinquième ou sixième marché pour Sigma. C’est donc un marché majeur pour nous. De plus, il s’agit d’un marché stratégique, les consommateurs français possédant une sensibilité artistique prononcée.

Ils se distinguent réellement des clients des autres pays. Ils nous apportent beaucoup d’enseignements. Hier, nous avons rencontré des photographes français. C’était très instructif.

Phototrend Interview Kazuto Yamaki SigmaDeux nouveaux produits présentés lors du Salon de la Photo 2023 par Sigma

De plus, j’aime beaucoup la France (sourire).

Sigma dévoile aujourd’hui un nouveau 10-18 mm en APS-C. Comment avez-vous réussi à concevoir un zoom UGA f/2,8 aussi compact ?

Nous avons mobilisé beaucoup de technologies pour concevoir cet objectif. Comme l’utilisation de lentilles asphérique ou d’éléments moulés asphériques. Et aussi, certains verres très spécifiques.

L’expérience et la technologie que nous avons accumulées au fil du temps ont aussi rendu possible cet objectif. Depuis l’époque des reflex, nous avons produit des objectifs similaires, comme le 10-20 mm f/4-5,6 EX DC HSM ou le 10-20 mm f/3,5 EX DC HSM. C’est donc le troisième zoom ultra-grand-angle pour APS-C. Nous capitalisons sur cette technologie et ce savoir-faire depuis longtemps.

Sigma a également annoncé le développement d’un nouveau 70-200 mm f/2,8 DG DN OS Sports pour hybrides à venir en décembre. Pourquoi cet objectif, aussi important aux yeux de nombreux photographes, n’arrive-t-il qu’aujourd’hui dans votre gamme ?

Je reconnais que cela nous a pris du temps pour concevoir cet objectif. En tant que fabricants d’objectifs, nous voulons que nos produits se démarquent. Nous ne voulons pas simplement sortir un produit similaire à d’autres, mais à un prix moindre.

Ce 70-200 mm est particulièrement important pour les professionnels ou les utilisateurs avertis, et nous voulions vraiment qu’il se distingue des autres. Par exemple, pour la monture L, Panasonic a déjà un très bon 70-200 mm. Nous ne voulions pas sortir un produit similaire. Nous voulions innover.

Phototrend Interview Kazuto Yamaki SigmaUn prototype du Sigma 70-200 mm f/2,8 DG DN OS entre les mains de Kazuto Yamaki

Cet objectif présente trois caractéristiques principales. Tout d’abord, une très haute performance optique dans un format compact et léger. Ensuite, une mise au point automatique très rapide. Enfin, une stabilisation optique très efficace.

Avec l’introduction du 60-600 mm f/4,5-6,3 DG DN OS Sports cette année, nous avons introduit un nouveau moteur linéaire HLA [moteur liénaire, High-response Linear Actuator. NDLR] et également introduis la technologie OS2.

Il nous fallait donc ces technologies clés pour améliorer notre 70-200 mm. Nous avons dû prioriser le développement de ces technologies, et enfin, nous avons pu intégrer tout cela dans cet objectif.

En tant que constructeur d’optiques tierces, comment voyez-vous les dynamiques de marché en photo et vidéo ?

Le marché évolue très rapidement. Durant la période du COVID, beaucoup de consommateurs ont investi dans des boîtiers haut de gamme et des objectifs coûteux, en partie grâce aux subventions gouvernementales, leur permettant d’acquérir du matériel de meilleure qualité.

Phototrend Interview Kazuto Yamaki SigmaLe mur d’objectifs sur le stand Sigma, un classique depuis 2022

De plus, c’était une période où de nombreux professionnels sont passés du reflex à l’appareil photo hybride. Ainsi, pendant 2-3 ans, les objectifs haut de gamme ont été très prisés.

Cependant, récemment, peut-être à cause de l’inflation, les gens ont commencé à rechercher le bon équilibre entre performance, qualité et prix. Les consommateurs deviennent plus sélectifs dans leurs choix.

Je pense donc que les fabricants, dont nous faisons partie, doivent redoubler d’efforts pour offrir la meilleure qualité, la meilleure performance à un prix raisonnable.

Cela devient primordial et je pense que cette tendance sera encore plus marquée dans les années à venir .

La Sigma Global Vision a célébré l’année dernière son 10e anniversaire, et la série I ses 3 ans. Pouvez-vous nous éclairer sur cette distinction de gamme (Sports, Art, Contemporary) et comment a-t-elle influencé le développement des objectifs Sigma ? Pensez-vous encore qu’il y a un besoin d’avoir trois qualités distinctes ?

Les catégories Contemporary, Sports et Art ne sont pas des classifications d’objectifs. À travers ce concept de gamme, nous voulions révéler la philosophie derrière chaque produit.

Phototrend Interview Kazuto Yamaki Sigma

Par exemple, pour notre nouveau 10-18 mm, s’il avait été conçu comme un objectif Art, il aurait pu être plus grand. Mais étant donné qu’il est classé dans la catégorie Contemporary, nous privilégions un équilibre entre la performance, le poids et la compacité.

Pour être honnête, le 10-18 mm utilise les corrections de l’appareil photo. C’est l’une des raisons pour lesquelles nous avons pu le rendre compact.

Mais si nous l’avions conçu en tant qu’objectif Art, nous aurions peut-être moins utilisé la correction de l’appareil et l’objectif aurait été plus grand pour offrir les meilleures corrections optiques. Le but de cette gamme est d’expliquer le concept derrière chaque produit aux utilisateurs finaux.

Aujourd’hui, la correction par l’appareil photo ne cesse de s’améliorer. Pensez-vous que les gens ont encore besoin de la correction optique avec la série Art ?

La correction par l’appareil est très efficace, en particulier pour la distorsion et le vignettage. C’est très difficile de voir la différence sur une image de petite taille.

Mais si vous agrandissez l’image, pour une photographie commerciale ou d’entreprise par exemple, la différence devient perceptible.

Si l’objectif présente un vignettage, le bokeh en forme d’œil de chat risque d’être exagéré. Ainsi, si les clients sont vraiment soucieux de la qualité de l’image, ils devraient également se soucier de la qualité de l’objectif.

Je pense donc que la distinction entre Art et Contemporary a toujours beaucoup de sens pour les clients.

Phototrend Interview Kazuto Yamaki Sigma

À la veille du CP+ à Yokohama, vous avez présenté les trois premiers objectifs Sigma pour la monture Z. Quelques mois après leur lancement, comment ces objectifs ont-ils été reçus ?

Ils ont été très bien accueillis par les utilisateurs de la monture Z. Ils sont vraiment ravis que Sigma propose des produits pour cette monture.

Mais nous avons également reçu de nombreuses demandes de la part des utilisateurs de la monture Z pour des objectifs plein format. Nous souhaitons donc travailler d’arrache-pied pour répondre à ces attentes.

La monture Z offre de nombreux appareils plein format de haute qualité, comme le récent Z f au design élégant. Avez-vous des projets de développement pour la monture Z, notamment des optiques au style rétro ?

Oui, j’aimerais beaucoup. Je ne peux pas en dire plus pour des raisons de licence. Nous sommes très motivés par la monture Z, car nous savons que certains clients attendent avec impatience.

En particulier pour la série I.

Oui, d’un point de vue du design ou de l’interface utilisateur, la série I s’accorde très bien avec le Z f.

Pouvez-vous adapter facilement les objectifs disponibles pour les montures E et L à la monture Z ?

Oui, surtout parce que la monture E a un diamètre bien plus petit que la monture Z. Il est facile d’adapter un objectif existant en monture E ou L à la monture Z. Le contraire est plus compliqué.

Si nous concevons des produits spécialement pour la monture Z, ils pourraient ne pas convenir aux montures E ou L.

Êtes-vous en discussion avec Canon pour créer des objectifs pour la monture RF ?

Désolé, mais je ne peux pas commenter cela. Mais concernant les objectifs pour la monture RF, comme pour la monture Z, nous recevons de nombreuses demandes des utilisateurs.

Je sais qu’ils apprécient les objectifs Canon. Canon a d’ailleurs une très bonne série d’objectifs pour la monture RF, mais ils souhaitent également avoir d’autres options. J’espère donc vraiment répondre aux attentes de ces clients.

Avez-vous déjà envisagé de fabriquer des objectifs pour des systèmes de moyen format comme le Fujifilm GFX ?

Nous n’avons actuellement aucun projet de concevoir des objectifs pour les boîtiers GFX, mais je pense personnellement que les utilisateurs de ce type de boîtier sont des clients idéaux pour nous, car ce sont des photographes professionnels ou passionnés.

Lors d’une précédente interview (en 2020), vous nous aviez indiqué avoir construit un nouveau bâtiment dans votre usine d’Aizu au Japon. Cela signifie-t-il que vous pouvez produire plus d’objectifs ou répondre plus rapidement à la demande ?

Pour être honnête, ce n’est pas le cas. Même si nous agrandissons l’usine, le nombre d’objectifs produits est identique ou légèrement inférieur. Les objectifs pour hybrides s’améliorent, ce qui signifie que nous utilisons de plus en plus d’éléments optiques dans un seul objectif. Le nombre de verres polis augmente, mais le nombre de produits finis est le même ou diminue.

La L-Mount Alliance fête ses 5 ans et vient d’accueillir 2 nouveaux membres : Samyang et Blackmagic. À la lumière de ces annonces, comment voyez-vous l’avenir de la monture L ?

Tout d’abord, je n’en sais pas beaucoup, car nous sommes licenciés et Leica est le concédant de licence. Ils décident qui rejoint l’alliance, mais je crois que c’est très positif pour les clients, car ils peuvent choisir parmi une variété d’options au sein d’un même système.

S’ils préfèrent un appareil photo conventionnel, ils peuvent choisir Panasonic Lumix ou le système Leica SL. S’ils sont à la recherche d’un appareil unique, ils peuvent opter pour le Sigma fp. S’ils sont intéressés par une caméra Cinéma, ils peuvent choisir Blackmagic ou DJI Ronin.

Ainsi, il y a une large variété de choix sur une même plateforme, et ils peuvent utiliser n’importe quelle caméra ou objectif sur cette plateforme. Je pense donc que cette alliance offre une énorme flexibilité pour les clients.

Comment percevez-vous l’impact de l’IA sur la photographie ?

L’IA est déjà utilisée dans les appareils photo ou le traitement d’images, comme pour la mise au point automatique sur les oiseaux ou les animaux. Ce n’est cependant pas une véritable IA. En gros, nous utilisons une grande base de données pour déterminer s’il s’agit d’un oiseau, d’un chien ou d’un chat. C’est une IA très basique, disons.

Je suis personnellement préoccupé par une adoption excessive de l’IA. L’image générée par l’IA pose de nombreux problèmes en termes d’authenticité et de droits d’image.

Je pense que les fabricants devraient clarifier la technologie utilisée pour créer une image. Est-ce une image générée ou est-elle simplement créée purement à partir de la lumière, de l’objectif et du capteur ? Sinon, les clients sont confus. L’industrie devrait établir des critères sur l’utilisation de la technologie IA.

Pouvez-vous nous dire où en est le projet de capteur Foveon plein format ?

Malheureusement, nous n’avons pas fait de progrès significatifs depuis le début de l’année. Nous avons toujours l’équipe du projet qui travaille dessus.

Mais je dois être honnête, le progrès est beaucoup plus lent que prévu. En partie parce que l’industrie des semi-conducteurs est très occupée. Comme vous le savez, nous ne pouvons pas fabriquer un capteur d’image nous-mêmes. Nous devons collaborer avec une fab [une usine de semi-conducteurs . NDLR]. Donc, c’est un processus beaucoup plus lent.

Mais nous n’avons pas abandonné. Et nous souhaitons réaliser le capteur Foveon plein format.

Merci à Kazuto Yamaki d’avoir répondu à nos questions. Nous tenons également à remercier l’équipe de Sigma France pour cette interview.

Pour en savoir plus, retrouvez tous nos articles sur Sigma.

Source : https://phototrend.fr/2023/10/interview-kazuto-yamaki-sigma-salon-de-la-photo-2023/

Auteur :

Date de Publication : 2023-10-09 15:57:12

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